Déclic Collectif est à l’UNOC

Du 9 au 13 juin dernier, Déclic Collectif était présent à Nice pour assister à la 3ème Conférence des Nations Unies sur l’océan (UNOC-3). Alors, qu’est-ce que l’UNOC ? Que faut-il en retenir ? Notre team Plaidoyer, en particulier Simon et Eléonore, te proposent ce décryptage pour faire le point !

L’UNOC vise à soutenir l’ODD 14 (pour la conservation et l’utilisation durable des océans, des mers et des ressources marines). Ce n’est pas une enceinte formelle de négociation mais un moment où les États font le point sur les avancées et les efforts à poursuivre. Cette 3ᵉ édition s’est tenue à Nice du 9 au 13 juin 2025, co-organisée par la France et le Costa Rica. Elle a abouti à l’adoption du Plan d’action pour l’océan de Nice, constitué de la Déclaration de Nice (un document de déclarations politiques, non contraignant) et de nombreux engagements volontaires.

 Les trois principaux enjeux de l’UNOC-3 portaient sur (1) l’avancement des processus multilatéraux liés à la protection de l’océan, (2) la mobilisation de financements supplémentaires, (3) le renforcement et la diffusion des connaissances scientifiques pour éclairer la décision politique.

Quelles sont les avancées ? 

  • Des progrès significatifs pour ratifier le traité international pour la protection de la haute mer et de la biodiversité marine (BBNJ)

Ce traité vise à assurer la conservation et l’utilisation durable de la diversité biologique marine dans les eaux internationales, soit près des deux tiers des océans. Adopté en 2023, il doit être ratifié par au moins 60 Etats d’ici le 20 septembre 2025 pour entrer en vigueur. Seuls 39 Etats l’avaient ratifié avant le début de la Conférence, mais celle-ci a permis une forte mobilisation autour du traité : 12 pays supplémentaires l’ont ratifié et 19 autres l’ont signé avec l’intention de le ratifier prochainement. Le traité devrait donc pouvoir entrer en vigueur d’ici cette date butoir.

  • Un appel à conclure un traité ambitieux contre la pollution plastique 

Depuis 2022, des négociations internationales ont lieu pour aboutir à un traité juridiquement contraignant contre la pollution plastique. Les négociations restent cependant bloquées sur des questions de financements des pays dits « développés » pour les pays dits  « en développement », ainsi que sur le périmètre du traité (considérer l’ensemble du cycle de vie des plastiques incluant donc une réduction de la production vs. se limiter au recyclage et à la gestion des déchets).

Lors de l’UNOC, 95 pays ont alors signé « l’appel de Nice pour un traité ambitieux sur les plastiques » qui appelle à fixer un objectif mondial de réduction de la production de plastiques. La Déclaration de Nice mentionne également la prise en compte de l’ensemble du cycle de vie du plastique, incluant donc la production. Cela pourrait accentuer la pression pour enfin aboutir à un traité incluant la réduction de la production de plastiques lors des prochaines négociations (INC-5.2) en août 2025.

  • Quelques avancées sur l’objectif « 30×30 » pour protéger 30 % des mers d’ici 2030

Cet objectif a été fixé en 2022 lors de l’adoption du Cadre mondial de la biodiversité de Kunming-Montréal (GBF), avec deux enjeux : augmenter la surface des aires marines protégées (AMP) et améliorer leur niveau de protection. Plusieurs Etats ont fait des annonces positives en ce sens, permettant d’augmenter la part des AMP dans le monde de 8,4 % à 10 %. En particulier, la Polynésie a annoncé la création de la plus grande aire marine protégée au monde (4,55 millions de km², dont 900 000 en protection stricte), le Royaume-Uni s’est engagé à interdire le chalutage de fond dans la moitié de ses AMP. La question de la qualité de ces aires, c’est-à-dire leur niveau de protection, reste néanmoins un point de vigilance. Il est en effet possible d’avoir des zones classées AMP où des techniques de pêche destructrices restent autorisées, comme en France.

  • Peu de mobilisation pour l’encadrement de l’exploration et de l’exploitation des fonds marins

Le débat sur l’exploitation minière des fonds marins est resté sensible, d’autant que les États-Unis ont autorisé ces activités par décret en avril 2025. Malgré l’appel de 33 pays pour un moratoire ou une pause de précaution, seuls quatre nouveaux États ont rejoint cette coalition pendant la Conférence. La Déclaration de Nice s’est quant à elle limitée à souligner le besoin d’améliorer les connaissances scientifiques sur les fonds marins et l’importance de règles encadrant l’exploitation des ressources minières.

  • Des annonces de financements toujours en deçà des besoins

L’ODD 14 reçoit moins de 1 % des financements totaux dédiés aux ODD. L’UNOC-3 visait donc à mobiliser de nouveaux financements. Des engagements de 8,7 milliards d’euros sur cinq ans ont été annoncés, dont 4,7 milliards issus de fonds privés et philanthropiques, et 4 milliards d’institutions publiques. Malgré ces avancées, ces montants restent très inférieurs aux 175 milliards de dollars annuels estimés nécessaires pour une véritable transition vers une économie bleue durable.

  • Un accent mis sur l’importance des connaissances scientifiques sur l’océan

Le One Ocean Science Congress, organisé avant l’UNOC‑3, a réuni 2 000 scientifiques pour fournir des recommandations fondées sur la science aux décideurs politiques. Dix recommandations clés ont été publiées par le congrès. L’UNOC-3 a aussi mis en avant l’importance des sciences : 

  • La Déclaration de Nice rappelle la nécessité de s’appuyer sur la science et d’intégrer les savoirs des peuples autochtones et des communautés locales pour une coopération inclusive. 
  • La Plateforme Internationale pour la Durabilité de l’Océan (IPOS) a officiellement été lancée, visant à renforcer et mieux diffuser les connaissances liées aux sciences de la mer pour éclairer les décisions politiques. 
  • Un outil permettant d’évaluer l’état de santé global de l’océan et l’impact des actions de conservation, l’indicateur Starfish, a été présenté.

L’UNOC, est-ce vraiment utile ? 

Plusieurs points positifs de cette Conférence des Nations Unies peuvent être soulignés : 

  • Elle a permis une forte mobilisation autour des enjeux océaniques : l’événement a rassemblé plus de 14 000 délégué·es et observateur·rices issu·es de 175 États, dont 64 chef·fes d’État et de gouvernement, ainsi que 28 responsables d’organisations onusiennes et internationales. La Zone Verte (accessible au grand public) a attiré plus de 130 000 visiteur⸱ices. Cette Conférence a aussi permis un important traitement médiatique des enjeux environnementaux.
  • Elle a offert une tribune à des États souvent marginalisés dans les négociations mondiales, comme les petits États insulaires fortement exposés à la montée des eaux et à la dégradation des écosystèmes marins.
  • Cette Conférence a envoyé des signaux positifs de soutien au multilatéralisme. Une avancée significative a été obtenue sur le traité BBNJ, et l’on peut espérer des progrès dans les mois à venir sur le traité plastiques et les AMP.
  • Ces événements internationaux sont des occasions uniques pour les acteurs de la société civile, leur permettant d’entrer en relation avec des organisations travaillant sur des sujets différents mais liés, et de présenter leur plaidoyer auprès des autorités publiques et politiques. 

Cependant, l’UNOC-3 laisse apparaître plusieurs limites majeures : 

  • La conférence s’est conclue sans engagements sur certains sujets clés, comme la fin des subventions aux énergies fossiles dans le secteur de la pêche industrielle, l’interdiction du chalutage profond ou l’exploitation pétrolière en mer. Ces absences ont plu au lobby européen de la pêche industrielle qui se félicite même de l’adoption de la Déclaration de Nice. La logique extractiviste dominante n’a pas été remise en cause, le cycle de l’eau dans son ensemble et les enjeux de gouvernance inclusive sont peu pris en compte, et les droits de l’océan n’ont pas été intégrés à cette Déclaration.
  • S’il y a eu de nombreux engagements sur d’autres sujets, il faut rester prudent·es sur ces annonces qui peuvent ne rester que des opérations de communication. D’une part, il s’agit de vérifier ce qui était déjà fait par les Etats et donc quelles réelles avancées ces engagements permettraient. D’autre part, il faudra s’assurer que ces engagements se traduisent en politiques nationales et en actes. Les annonces du gouvernement français constituent un bon exemple d’opération de communication, vantant la création d’une AMP en Polynésie alors que cette avancée résulte surtout des efforts du gouvernement local, des scientifiques et de la société civile. De plus, le gouvernement a été accusé de faire de fausses annonces, dans ce qui a été qualifié d’« AMPgate » par l’ONG BLOOM : la ministre de la Transition écologique a promis que 4 % des aires marines hexagonales seraient classées en « zone de protection forte » d’ici fin 2026, contre 0,1 % actuellement. Or ces zones correspondent à des espaces où le chalutage de fond est déjà interdit depuis 2017 par un règlement européen. 
  • Une déconnexion entre la société civile et les négociations s’est fait ressentir : contrairement à l’édition de Lisbonne en 2022, les ONG et acteurs associatifs ont été relégués dans un espace séparé, en Zone Verte. 
  • La Conférence a suscité des accusations de « bluewashing » en raison de l’implication de multinationales largement contributrices au réchauffement climatique et à la destruction des écosystèmes. En particulier, CMA CGM (l’un des leaders mondiaux du transport maritime) a sponsorisé l’événement à hauteur de 2 millions d’euros et bénéficie d’une visibilité particulière dans les communications du ministère de la transition écologique.

Le point sur les avancées de la France 

Concernant les AMP : La proposition de loi de l’écologiste Mathilde Ollivier qui visait à « mieux protéger les écosystèmes marins » a été rejetée par les Sénateur·ices le 12 juin 2025. 

Concernant la réduction de la pollution plastique : 

  • La proposition de loi d’Antoinette Guhl visant à « accélérer la réduction du plastique à usage unique dès 2026 » a été déposée au Sénat le 30 octobre 2024 pour être étudiée par la Commission de l’aménagement du territoire et du développement durable. Affaire à suivre…
  • À l’UNOC, la ministre de la Transition écologique, Agnès Pannier-Runacher, a présenté un Plan plastique 2025-2030 qui reste peu convaincant, alors que la France verse depuis 2021 plus d’1 milliard d’euros par an à l’UE en raison de son faible taux de déchets plastiques recyclés (1er contributeur à la taxe plastique avec 1,5 Mds€ en 2023).

À l’international, on note plusieurs rendez-vous majeurs :

  • Juillet 2025 : réunion de l’AIFM sur l’exploitation minière des fonds marins
  • Août 2025 : négociations sur le traité mondial contre la pollution plastique
  • Septembre 2025 : ratification du traité BBNJ 
  • Novembre 2025 : COP30 à Belém (Brésil) avec l’enjeu de relever l’ambition climatique en tenant compte des liens entre océan, climat et biodiversité
  • 2026 : COP17 sur la biodiversité à Erevan (Arménie) 
  • 2028 : prochaine UNOC prévu au Chili !

Conclusion

Chez Déclic Collectif, nous défendons une approche globale de la gestion de l’eau, qui prend en compte l’ensemble de son cycle. Si la Déclaration de Nice aborde « la nécessité d’adopter une approche de la source à la mer », une gouvernance réellement intégrée reliant l’eau douce, les glaciers et les océans reste encore à construire. C’est pourquoi, dès septembre, nous lançons notre pôle « Des glaciers aux océans » pour aborder ces enjeux de façon transversale et cohérente. Alors rejoignez-nous !

Quelques pétitions pour la protection de l’océan : 

Les dernières actualités